Les évènements à venir

Il n'y a aucun événement à venir.

Un peu d’histoire …

LA BATAILLE DE LA SAMBRE
Au 10ème Corps d’Armée français

Carte illustrant les secteurs des 10ème et 1er Corps d’Armée

___
PRELIMINAIRES

Le 10ème Corps d’Armée était en temps de paix stationné dans l’Ouest, Normandie et Bretagne. Son chef-lieu était Rennes, capitale de la Bretagne et son territoire était formé des trois départements :

  • Manche
  • Ille-et-Vilaine
  • Côtes d’Armor

Son implantation est la suivante :

Etat-Major à Rennes : Général Defforges

Artillerie (50ème RA)

Cavalerie (13ème Hussards) à Dinan

19ème Division d’Infanterie : Général Bonnier

Quartier Général à Rennes et Artillerie Divisionnaire (7ème RA) à Dinan

37ème Brigade (Saint-Brieuc) – Général Bailly

  • 48ème R.I. à Guingamp – Colonel de Flotte
  • 71ème R.I. à Saint-Brieuc – Colonel Bonnefoy

38ème Brigade (Rennes) – Général Rogerie

  • 41ème R.I. à Rennes – Lt-Colonel Passaga
  • 70ème R.I. à Vitré – Lt-Colonel Laroque
  • Cavalerie : 5ème Escadron du 13ème Hussards
  • A.D. 19 : 7ème R.A.C. – Colonel Haffner

20ème Division d’Infanterie : Général Boë

Quartier Général à Saint-Malo et Artillerie Divisionnaire (10ème RA) à Rennes

39ème brigade (Saint-Lô) – Général Menissier

  • 25ème R.I. à Cherbourg – Colonel Verillon
  • 136ème R.I. à Saint-Lô – Colonel de Cadoudal

40ème brigade (Saint-Malo) – Général Bachelard

  • 2ème R.I. à Granville – Colonel Perrez
  • 47ème R.I. à Saint-Malo – Lt-Col. Poncet des Nouailles
  • Cavalerie : 6ème Escadron du 13ème Hussards
  • A.D. 20 : 10ème R.A.C. Colonel Mojon

Eléments non endivisionnés : 241ème R.I. – Lt-Colonel Delmas

  • 270ème R.I. – Colonel Pierson
  • 13ème Rég. de Hussards – Col Dumas de Champvallier
  • 50ème R.A.C. – Colonel Berge

C’est avec cet ordre de bataille, les régiments étant portés à l’effectif de guerre par les réservistes, que le 10ème Corps d’armée a fait mouvement sur la frontière du nord-est. Il avait également ses troupes du Génie mobilisées par le 6ème Génie, ainsi que son service de Santé.

Le 10ème Corps d’Armée est concentré dans la région de Rethel à son débarquement de la voie ferrée et se rend dans l’Entre-Sambre-et-Meuse à marches forcées. A son entrée en Belgique, le 10ème Corps d’Armée recevra comme toutes les troupes françaises un accueil inoubliable de chaleur et de cordialité.

Pendant sa marche vers la Belgique, le 10ème Corps a reçu un renfort de haute qualité, la 37ème Division d’Afrique commandée par le Général Comby, formée de bataillons de marche prélevés sur les régiments de la Division d’Oran.

Voici quel était son ordre de bataille :

  • Cavalerie divisionnaire 6ème Régiment de Chasseurs d’Afrique
  • Artillerie divisionnaire 3 groupes d’Artillerie d’Afrique

37ème division d’Afrique :

73ème brigade  – Général Blanc

  • 2ème Régiment de marche de Zouaves – Lt-Colonel Trousselle
  • 2ème Régiment de Tirailleurs Algériens – Lt-Colonel Sibra
  • 6ème Régiment de Tirailleurs Algériens – Colonel Degot

74ème brigade  -Général Taupin

  • 3ème Régiment de marche de Zouaves – Lt-Colonel Le Bouhelec
  • 7ème Régiment de Tirailleurs Algériens – Colonel Simon

Cavalerie : 6ème Chasseurs d’Afrique Colonel de Francolini

A.D. 37 : 1er, 2ème et 3ème groupes d’artillerie d’Afrique Colonel Battet

 

Le 10ème Corps d’Armée était intégré dans la 5ème Armée commandée par le Général Charles Lanrezac (photo ci-contre) brillant professeur à l’Ecole Supérieur de Guerre. Ce rhétoricien éminent de la stratégie ne s’est pas avéré un aussi bon praticien.

Img2

Comme le dit le Maréchal Franchet d’Esperey, alors commandant le 1er Corps d’Armée, dans la préface qu’il a écrite pour le livre du Professeur Gay :

 

«  Il (le Général Lanrezac) a vu juste : son malheur a été de ne pas réussir à imposer ses conceptions à ses subordonnés. A Charleroi, le 3ème et le 10ème Corps d’Armée lui ont échappé ; descendus contre sa volonté dans les fonds de Sambre, ils ont fait échouer le Talavera qu’il avait préparé, mais qu’il ne dirigeait pas d’assez près. »

 

Pendant la bataille, le Quartier Général de l’Armée, venu de Signy-l’Abbaye près d’Hirson, se trouvait à Chimay avec un P.C. avancé à Mettet.

 La 5ème Armée était la plus à l’ouest des Armées Françaises et formait son aile gauche, en liaison avec l’Armée Anglaise.

Elle comportait, outre le 10ème Corps :

  • le 1er Corps d’Armée de Lille – Général Franche d’Esperey
  • le 3ème Corps d’Armée de Rouen – Général Sauret
  • le 18ème Corps d’Armée de Bordeaux – Général de Mas Latrie

Cette composition est celle du 16 août 1914 résultant de l’extension vers le nord ouest de la mission de l’armée, à la suite de la neutralité de la Belgique et du mouvement enveloppant de la droite des Armées allemandes.

La carte n° 1 schématise la position des éléments de la 5ème Armée le 20 août 1914 au moment des premiers contacts et à la veille de l’engagement de la bataille de la Sambre, retenue par l’Histoire sous le nom de bataille de Charleroi.

Le 10ème Corps d’Armée allait donc être engagé sensiblement face au nord – nord ouest devant les méandres de la Sambre avec le 1er Corps d’Armée à droite et le 3è Corps d’Armée à sa gauche.

Lui-même avait :

  • la 19ème Division à droite
  • la 20ème Division à gauche
  • la 37ème Division d’Afrique en réserve.

L’avant-garde avait été constituée sous le commandement du Général Rogerie, Commandant la 38ème Brigade de la 19ème Division et comprenait initialement :

  • les 2 régiments de la Cavalerie du Corps d’Armée (13ème Hussards et 3ème Chasseurs d’Afrique) organisés en Brigade provisoire de Cavalerie sous les ordres du Colonel de Campvallier du 13ème Hussards.
  • Le 41ème Régiment d’Infanterie commandée par le Colonel Passaga.

Dans la journée du 20 août 1914, cette avant-garde atteint la rive sud de la Sambre éclairée par la Brigade provisoire de Cavalerie. Le 41ème régiment d’Infanterie occupera les avant-postes d’Auvelais à Floriffoux en bordure du camp retranché de Namur. Le 13ème Hussards assurait la découverte en avant et à droite de la zone ainsi que la liaison avec le 1er Corps d’Armée pendant que le 6ème Chasseurs d’Afrique explorait la gauche de la zone vers Fleurus et Jemeppe-sur-Sambre.

Img3Malheureusement, l’avant-garde était trop serrée sur sa droite et devant elle la Cavalerie ne voyait rien, l’aile marchante de l’Armée allemande (armée Von Kluck à l’ouest, armée Von Bülow à l’est), placée sous les ordres de Von Bülow ayant dessiné son mouvement d’enveloppement assez au large des forts de Namur.

 

La Cavalerie (6ème Chasseurs d’Afrique) partant à la découverte au nord de la Sambre dans l’après-midi du 20 août rencontrait très vite les avant-gardes allemandes vers Fleurus et Velaine-sur-Sambre. Le Général Bonnier prescrivait alors au Général Rogerie, Commandant l’avant-garde d’engager le second régiment de sa Brigade, le 70ème Régiment d’infanterie depuis Arsimont sur la Sambre, en tenant Auvelais et Tamines.

 

Img4Pendant ce temps, le Général Defforges, (photo ci-contre) Commandant le 10ème Corps d’Armée, rappelait l’interdiction du Général Lanrezac de déboucher au nord de la Sambre.

Pour prolonger sur la gauche le déploiement de l’avant-garde, la 20ème Division avance le 136ème Régiment d’infanterie sur Le Roux en vue de rechercher la liaison entre l’avant-garde du 10ème Corps d’Armée et la droite du 3ème Corps d’Armée qui lui aussi avance sur la Sambre entre Pont-de-Loup et Marchienne-au-Pont.

La journée du 20 août 1914 n’a donc vu sur le front du 10ème Corps d’Armée que de brefs engagements de la Cavalerie uniquement au nord de la Sambre mais l’on sent que la prise de contact sera certainement pour le lendemain.

L’ENGAGEMENT

Au soir du 20 août 1914, les deux Armées sont pratiquement en présence et dès la matinée du 21 août, ce seront les premiers chocs à la 19ème Division, dans Auvelais.

Dans la soirée du 21 août, la 19ème Division sera déjà engagée à fond.

La 20ème Division n’est engagée que le 22 août 1914 où la bataille atteindra son paroxysme devant l’ensemble du 10ème Corps d’Armée.

La carte schématique n° 2 donne la position du 10ème Corps d’Armée au matin du vendredi 21 août 1914. Il montre que seule la 38ème Brigade est aux avant-postes et que la gauche du Corps d’Armée est plutôt dégarnie et en retrait.

La journée du 21 août 1914 sera donc pour le 10ème Corps d’Armée, la bataille d’Auvelais puis d’Arsimont, menée par la 19ème Division à l’exception du 41ème Régiment d’infanterie dont le secteur sur la Sambre restera assez calme. La bataille commence à 10 heures du matin et le 70ème Régiment d’infanterie tiendra sous les coups de boutoir de la garde Impériale allemande, défendant pied à pied le pont de Tamines et l’agglomération d’Auvelais.

Vers 17 heures, le 70ème régiment d’infanterie a dû se replier sur la ligne Falisolle Arsimont. Il a perdu le contrôle du terrain qui s’étend entre la Sambre et l’espèce de promontoire constitué par le village d’Arsimont.Img5

C’est ici que se place le fait d’armes dont le Caporal Pierre Lefeuvre, du 70ème Régiment d’infanterie de Vitré, est le héros. Resté en arrière garde au Tienne d’Hamion qui domine le pont de Tamines, il tiendra seul pendant plus de deux heures, interdisant aux Allemands le franchissement du pont. On trouvera auprès de son corps plus de 240 cartouches tirées et le lendemain les Allemands enterrèrent près du pont 53 des leurs, dont 9 officiers. C’était le champion de tir du 70ème Régiment de Vitré en temps de paix. Il l’est resté dans son bref combat qui n’a pas duré une journée. Le Caporal Lefeuvre repose au cimetière militaire de Belle-Motte.

En témoignage d’admiration, un monument a été élevé en 1923 à l’endroit de son fait d’armes par les Amitiés françaises de Tamines. Il a été déplacé et reconstruit sous une autre forme en 1973. Cette ville fut hélas l’innocente victime de la résistance française sur la Sambre.

Tamines verra, dans la soirée du 21 août 1914, 250 de ses maisons incendiées et le 22 août, près de 400 hommes étaient fusillés en tas devant la Sambre. Les Allemands avaient tourné leur colère vers des civils innocents et trente ans avant 1944, la Cité Martyre de Tamines préfigurait le sort d’Oradour-sur-Glane.

Vers 19 heures, le Général Bonnier qui a pris en main la bataille de sa division tente de soutenir le 70ème Régiment d’infanterie décimé par une journée d’une dure bataille supportée seul. Il lance l’un des deux régiments qui lui restent, le 71ème d’infanterie, 2 bataillons sur Auvelais à partir d’Arsimont et 1 bataillon sur Tamines à partir de Falisolle. Malgré des pertes très importantes, le 71ème Régiment d’infanterie ne peut atteindre ses objectifs et doit se replier sur les crêtes qui protègent Fosses.

Le 48ème Régiment d’infanterie est alerté mais l’heure trop tardive ne lui permet pas d’intervenir et à la nuit la bataille s’apaise.

La 19ème Division aura ainsi usé dans cette bataille préliminaire deux de ses régiments, soit la moitié de son infanterie. C’est au cours de l’attaque du 3ème bataillon du 71ème régiment d’infanterie, que le Sous-Lieutenant Henry Lemercier tombe mortellement blessés à la tête de sa section à la 10ème compagnie, entraînant ses hommes malgré trois premières blessures.

En cet endroit qui se trouve à peu près au centre du champ de bataille du 21 août 1914, à l’initiative de Monsieur et Madame Lemercier, les parents du Sous-Lieutenant, a été élevé un calvaire de granit breton au 10ème Corps d’Armée et à tous ceux qui sont tombés  sur ce champ de bataille. Il fut inauguré en 1925 par le Général Payot représentant le Général Passaga, Commandant du 10ème Corps d’Armée en 1925 et ancien Colonel du 41ème Régiment d’infanterie lors des combats de 1914.

C’est au pied de ce monument que jusqu’au début des 1980, et ce depuis 1925, qu’une messe à la mémoire des officiers, sous-officiers et soldats du 10ème Corps d’Armée tombés sur ce champ de bataille les 21, 22 et 23 août 1914, était célébrée le dimanche le plus proche du 22 août. C’est aux cimetières militaires d’Auvelais et de Belle-Motte que reposent la plupart des braves qui tombèrent à Auvelais, Tamines et Arsimont.

Dans le cimetière militaire d’Auvelais, dominant la boucle de la Sambre et la ville, un Phare du Souvenir rappelant la Bretagne a été élevé en 1934 pour le 20ème anniversaire par un comité animé par les Anciens combattants belges d’Auvelais.

LA BATAILLE

A 21 heures, le 21 août 1914, le Général Bonnier, Commandant la 19ème Division, donne l’ordre de décrochage. Arsimont devra être évacué et Fosses est donné comme point de ralliement de la 19ème Division.

Cette prise de contact qui aurait dû constituer la protection de la mise en place du dispositif de combat du 10ème Corps d’Armée, a été un combat d’avant-garde mené sans idée conductrice par un commandement imprévoyant et débordé qui a usé la moitié d’une division en pure perte malgré un héroïsme splendide à l’échelon des Régiments et des petites unités.

Tout restait à refaire.

Après l’ordre de repli donné à la 19ème Division, l’implantation des troupes du 10ème Corps d’Armée deviendra dans la nuit du 21 au 22 août 1914 la suivante :

  • toute la 19ème Division rassemblée dans Fosses et autour de Fosses essaie de mettre de l’ordre dans ses Régiments.

Elle est protégée de l’ouest à l’est par :

  • le 2ème bataillon du 71ème Régiment d’infanterie sur les hauts qui dominent Tamines, à l’est de Falisolle,
  • le 3ème bataillon du 48ème Régiment d’infanterie sur les hauts qui dominent Arsimont,
  • le 1er bataillon du 41ème Régiment d’infanterie vers Ham-sur-Sambre.

La 20ème Division a poussé en avant la 39ème Brigade (Général Ménissier) avec :

    • le 136ème Régiment d’infanterie à droite sur
      • Falisolle 1er Bataillon
      • Aiseau 3ème Bataillon
      • Le Roux 2ème Bataillon en réserve,
    • le 25ème Régiment d’infanterie est gauche, vers le 3ème Corps d’Armée et occupe Presles et Sart-Eustache légèrement en arrière du 136ème Régiment d’infanterie.

La 40ème Brigade (2ème et 47ème Régiments d’infanterie) se trouve en réserve autour de Vitrival entre la 39ème Brigade et Fosses où se trouvent rassemblés les éléments de la 19ème Division. La progression du 2ème Régiment d’infanterie réussit jusqu’à 11 heures à endiguer le débouché de l’ennemi au sud d’Arsimont dans la zone est de Falisolle.

A 2 heures du matin, malgré les directives contraires données la veille par la 5ème Armée, le Général Defforges, Commandant le 10ème Corps d’Armée, relance ses divisions à l’attaque :

  • 19ème Division sur l’axe Arsimont Auvelais
  • 20ème Division sur l’axe Lotria (le Roux) Tamines franchissement de la ligne Aiseau Aisemont à 3 heures 30 le 22 août 1914.

Auparavant, Arsimont qui serait encore inoccupé, l’ennemi n’ayant pas poursuivi, devra être réoccupé par le 2ème Régiment d’infanterie, régiment frais de la 20ème Division chargé d’assurer la liaison des deux Divisions et qui partira de Vitrival.

Pendant ce temps, la 37ème Division d’Afrique arrive à marches forcées et ses éléments de tête entrent dans Fosses dans la matinée. La carte schématique n° 3 montre la position du 10ème Corps d’Armée à l’aube du 22 août 1914. Le jour se lève et toute la vallée de la Sambre et ses abords sont submergés sous une épaisse brume de chaleur qui ne se dissipera complètement qu’en fin de matinée et tantôt compliquera la tâche des combattants, tantôt facilitera le camouflage de certains mouvements.Img6

LA BATAILLE A LA 19ème DIVISION

Une reconnaissance du 13ème Hussards au cours de laquelle le Lieutenant Liénard est mortellement blessé, se heurte vers 6 heures 30 au feu de l’ennemi qui en réalité occupe Arsimont. Pour occuper le village, il faut donc le reprendre de vive force, c’est une attaque à monter qui sera menée par le Général Bonnier avec :

  • Effort principal, les 2 bataillons frais du 48ème Régiment d’infanterie flanqué à l’est par un bataillon du 41ème Régiment d’infanterie,
  • Effort secondaire en soutien à l’ouest par le 12ème Régiment d’infanterie.

Le Général de Division lance dans cette attaque tout ce qui lui reste de troupes fraîches à la 19ème Division, pendant que les généraux de Brigades Rogerie et Bailly sont à Fosses pour réorganiser chacun le régiment de sa brigade qui a supporté la veille tout le poids du combat, les 70ème et 71èùe Régiments d’infanterie qui ont perdu le 21 août respectivement 370 hommes et 600 hommes avec une forte proportion d’officiers et de sous-officiers.

La progression du 2ème Régiment d’infanterie jusqu’à 11 heures à endiguer le débouché de l’ennemi au sud d’Arsimont dans la zone est de Falisolle.

Pendant ce temps et dès la dissipation de la brume, c’est l’assaut du 48ème Régiment d’infanterie d’abord, une progression méthodique, où le Colonel de Flotte marche avec ses compagnies de tête, Commandant Febvay, les Capitaines Balluais, des Forges, Giraudeau, Touzé, Massiou, etc. Le Capitaine Leduc et sept Lieutenants sont blessés.

Le 48ème Régiment d’infanterie, ayant perdu le tiers de son effectif tué ou blessé reflue sur la ferme des Quatre Lauriers. Les bataillons des 2ème et 41ème Régiments d’infanterie qui le soutiennent à l’ouest et à l’est se maintiennent et couvrent son repli.

Devant l’échec du 48ème Régiment d’infanterie, il reviendra au 2ème Zouaves d’essayer la reprise d’Arsimont et le débouché sur Auvelais. Vers 9 heures 30, c’est la charge des Zouaves en formation largement déployée. Leur arrivée sur la crête est saluée par un feu nourri venant d’une ligne qui passe à peu près le long de l’actuelle rue Lieutenant Lemercier où les Allemands sont fortement retranchés. Malgré des prodiges d’héroïsme, le 2ème Zouaves est décimé et ne peut plus progresser. Le Lieutenant-Colonel Trousselle est tué ainsi que plusieurs officiers.

Au prix de tous ces sacrifices, l’ennemi est cependant arrêté lui aussi dans sa progression et dans la crainte d’une poursuite de l’offensive française, il se replie légèrement vers la Sambre.

Vers midi, la ligne de feu est à peu près stabilisée.

LA BATAILLE A LA 20ème DIVISION

Le 21 août 1914, la 20ème Division n’avait pas été engagée et dans la nuit, elle avait cédé le 2ème Régiment d’infanterie à la 19ème Division. Nous avons vu l’action de celui-ci le 22 août dans le cadre de la 19ème Division.

Suivant l’ordre du Corps d’Armée qui lui est parvenu dans la nuit, la 20ème Division avance face au nord dans la zone limitée par :

  • Le Roux  –  Falisolle inclus à droite,
  • Presles  –  Aiseau inclus à gauche,
  • Le 136ème Régiment d’infanterie à droite,
  • Le 47ème Régiment d’infanterie au centre,
  • Le 25ème Régiment d’infanterie à gauche en liaison avec le 3ème Corps d’Armée.

Le 136ème Régiment d’infanterie essaie de déboucher de Falisolle mais les Allemands sont sur les positions dominantes au sud de Tamines et le régiment est cloué sur place. Son 1er bataillon qui est en-tête perd son chef le Commandant Humbert, la 1ère compagnie perd ses deux Lieutenants (Bignon et Bruniaux) mortellement blessés.

Par ailleurs, l’ennemi ayant bousculé les éléments du 71ème Régiment d’infanterie qui occupent la zone à l’est de Falisolle, commencent à tourner le 136è régiment d’infanterie par sa droite, malgré une contre-attaque du 1er bataillon du 47ème Régiment d’infanterie, réserve de la Division, lancée vers 10 heures.

Pendant ce temps, les deux autres bataillons du 47ème Régiment d’infanterie progressent, 3ème bataillon en tête, 2ème bataillon en soutien vers Oignies (Aiseau) sur une zone s’étendant vers la droite du carrefour où se trouve actuellement le cimetière militaire Français de Belle-Motte, qui avec plus de 4.000 tombes constitue le principal cimetière du Royaume de Belgique de la 5ème Armée et du 10ème Corps d’Armée. Malgré ses efforts et au prix de durs sacrifices, le 47ème Régiment d’infanterie ne peut que réussir à se maintenir sans dépasser la ligne Aiseau Falisolle.

Sur la gauche de la 20ème Division, le 3ème bataillon du 136ème Régiment d’infanterie avait assuré dès la soirée du 21 août l’avant-garde à l’ouest ainsi que la liaison avec le 3ème Corps d’Armée. Ayant assisté à la prise de Roselies défendu par le 74ème Régiment d’infanterie du 3ème Corps d’Armée, le Commandant Géant, commandant ce bataillon s’organise défensivement la nuit du 21 au 22 août sur une ligne à 800 mètres environ au nord d’Aiseau.

Au petit jour et dans la brume, le 25ème Régiment d’infanterie est lancé à l’attaque vers Ménonry (Aiseau) et dépasse la ligne d’avant-poste du 136ème Régiment d’infanterie. Il occupe le hameau et vient même aux abords de Roselies que le 3ème Corps d’Armée essaie toujours de reconquérir. Malheureusement, à 9 heures du matin, tout le front Roselies-Ménonry-Oignies est en proie à une violente attaque allemande qui est le prolongement de celle déclenchée sur tout le front du 3ème Corps d’Armée. Le 25ème Régiment d’infanterie essaie de se rétablir au sud d’Aiseau mais ne parvient pas, en raison du brouillard, à toucher le 3ème bataillon du 136ème Régiment d’infanterie pour coordonner la manœuvre. Le bataillon s’accrochera dans Aiseau et ne retraitera que vers 11 heures avec beaucoup de pertes. Le recul du 3ème Corps d’Armée obligera le 25ème Régiment d’infanterie à se rétablir plus au sud vers Presles.

L’ensemble de ces événements incitera le Général Boë à regrouper sa Division sur une position permettant une meilleure organisation défensive. Il choisit une ligne de résistance passant par son poste d’observation actuel Cote 201 entre Belle-Motte et Le Roux et jalonnée par Presles-La Bruyère-Lotria et la lisière nord du Bois de Chaumont (Le Roux).

Vers 13 heures, la 20ème Division est installée sur ce front :

  • à l’extrême gauche, l’Ecadron Divisionnaire assure la liaison avec le 3ème Corps d’Armée vers Presles,
  • à gauche, sur la 1ère ligne, le 25ème Régiment d’infanterie avec le 2ème bataillon à la Cahoterie (Presles) et le 3ème bataillon à la Bruyère (Le Roux),
  • à droite, le 2ème bataillon du 47ème régiment d’infanterie se trouve de part et d’autre de la route Le Roux-Belle-Motte-Oignies et le 1er bataillon du 47ème régiment d’infanterie vers Claminforge en avant du bois de Chaumont.

En réserve se trouvent placés :

  • le 3ème bataillon du 47ème régiment d’infanterie près de Lotria (Le Roux),
  • le 1er bataillon du 25ème Régiment d’infanterie derrière le 2ème de ce régiment.

En arrière de la 20ème Division à droite et à gauche de Le Roux, le 136ème Régiment d’infanterie est regroupé. Il a été le plus éprouvé et notamment le 1er et le 3ème bataillon. Il doit donc se réorganiser.

L’artillerie, le 2ème groupe du 10ème R.A.C. est déployée juste derrière la crête de la Cote 201 en avant de laquelle est installée la 1ère ligne d’Infanterie. A partir de 13 heures, les Allemands repartent à l’attaque puissamment soutenus par leur artillerie et leurs mitrailleuses. Pendant plus d’une heure, grâce au soutien du 2ème groupe du 10ème d’Artillerie, la ligne de feu de la 20ème Division peut tenir malgré des pertes importantes.Img7

Vers 14 heures 30, le Général Boë qui continue à diriger le combat de son poste d’observation presqu’en première ligne, tombe grièvement blessé. Il est évacué vers l’ambulance de Florennes. C’est un moment de flottement dans la Division, juste à l’instant où tenant vers le centre, elle commence à être débordée à droite et à gauche, l’ennemi cheminant à couvert dans les fonds de Presles et de Falisolle.

La carte schématique n° 4 montre la position du 10ème Corps d’Armée vers 15 heures.

Le Général Ménissier, Cdt la 39ème Brigade, arrive à ce moment pour prendre le commandement et ne peut qu’approuver le repli préparé par le Chef d’Etat-Major du Général Boë.

La ligne de repli est fixée à 8 km plus au sud vers Noirchamps-Devant-les-Bois (hameaux de Mettet).

C’est au cours de cette mission de sacrifice que le Sous-Lieutenant Georges Cotelle du 25ème Régiment d’infanterie sera blessé deux fois, puis mortellement blessé d’une 3ème balle alors qu’en Casoar et gants blancs, il encourageait les hommes de sa section à résister devant Lotria. Sur le champ de bataille, aux Bruyères, une Croix bretonne rappelle l’héroïsme de l’Officier et de l’abnégations de ses soldats.

Un mémorial de bronze, coulé à la Fonderie Cognioul à Charleroi, rappelle au Cimetière militaire de Belle-Motte, à quelques mètres de la tombe de son fils, la mémoire du Professeur Ernest Cotelle, originaire de Saint-Brieuc, décédé en 1934 au lendemain de son dernier discours à Belle-Motte. De 1919 à 1934, il avait été à Belle-Motte la Voix du Souvenir.

Lorsque le dispositif de protection du décrochage se sera lui-même replié, le 3ème groupe du 10ème d’Artillerie entrera en action et ses très vigoureux interdiront pendant la fin de l’après-midi tout débouché des Allemands au sud de la crête de la Cote 201.

Le feu cesse vers 16 heures 30 dans cette région.

La 20ème Division s’est battue avec acharnement, le 25ème Régiment d’infanterie a perdu 9 officiers et 1.470 hommes tués ou blessés et le 136ème Régiment d’infanterie, 14 officiers et 758 hommes.

LA RETRAITE

Vers 17 heures, le 22 août 1914, le 10ème Corps d’Armée jalonne la ligne de front suivante de l’est vers l’ouest. Cortil-Mozet, Aisemont, sud de Le Roux, Sart-Eustache puis dans la soirée, ce sont les lignes suivantes qui sont successivement atteintes :

  • Fosses, Vitrival, nord de Gougnies et enfin Saint-Gérard, Biesme et c’est sur cette ligne que le 10ème Corps d’Armée passera la nuit du 22 au 23 août 1914.

C’est le prologue de la retraite et avant de voir son déroulement, il paraît nécessaire de citer l’opinion émise par le Professeur Georges Gay sur cette journée du 22 août 1914 au 10ème Corps d’Armée :

« … le 10ème Corps d’Armée s’est épuisé au cours d cette journée, en attaques hâtives et mal préparées… ses régiments affaiblis et fortement diminués par les combats de la veille autour d’Arsimont et de la nuit autour de Falisolle ne pouvaient plus offrir une résistance efficace aux forces fraîches que l’ennemi lança dans l’action dès le lever du jour.

A la puissance de feu de la bataille moderne et nonobstant des fautes d’exécution nombreuses, le 10ème Corps d’Armée n’avait pu qu’opposer l’héroïsme et l’abnégation de son infanterie… »

Cet héroïsme et surtout celui des arrière-gardes n’aura pas été inutile, car l’ennemi ne poursuivra pas et ce n’est que vers midi, le 23 août 1914, qu’il reviendra au contact sur la ligne Graux-Mettet-Wagnée située à un douzaine de kilomètres au sud de la Sambre.

Pendant cette après-midi du 23 août 1914, ce seront les unités fraîches de la 37ème Division d’Afrique, le 3ème Zouaves et les Tirailleurs qui supporteront le poids de la bataille, permettant à l’Infanterie des 19ème et 20ème Divisions de se regrouper et de récupérer un peu.Img8

La carte schématique n° 5 reconstitue à peu près la situation dans l’après-midi du 23 août 1914.

Vers 16 heures, la 37ème Division d’Afrique commence à plier sous le poids de la bataille qu’elle supporte seule depuis midi sur tout le front du 10ème Corps d’Armée. Comme la 37ème Division d’Afrique cède plutôt sur sa gauche, c’est la 20ème Division qui sera lancée à la contre-attaque pour soutenir puis relever la 37ème Division d’Afrique.

Cette contre-attaque se déroule en deux temps, vers 17 heures d’abord où le 25ème Régiment d’infanterie récupère le bois de la Gatte et aide la progression du 136ème Régiment d’infanterie vers 20 heures. A cette heure-là, l’ennemi est arrêté :

  • devant les Bruyères par le 136ème Régiment d’infanterie où la 1ère compagnie qui a eu ses deux Lieutenants tués le 2  août perdra son Chef, le Capitaine Charles Peslin, mortellement blessés dans la dernière charge,
  • à l’est de Wagnée (Biesme) par le 3ème Zouaves.

La bataille se calme avec la nuit et impressionné par les dernières contre-attaques,

l’ennemi n’avance plus et se retranche sur place

dans le bois d’Hanzinne, le bois d’Oret et Mettet. A ce moment, l’ennemi ayant franchi au nord la Sambre et à l’est la Meuse, peut prendre en tenaille les 10ème et 1er Corps d’Armée dans le saillant du plateau de Sambre et Meuse.

Le Général Lanrezac auquel ce danger n’a pas échappé, lance dans la soirée l’ordre de la retraite générale vers le sud sur l’axe Florennes-Philippeville pour le 10ème Corps d’Armée.

Carte des positions du 23 août 1914

CONCLUSION

La bataille de la Charleroi est terminée. Pour le 10ème Corps d’Armée, ce sera la bataille pour la Sambre. L’ordre de la retraite générale sauvera la 5ème Armée d’un désastre où elle aurait pu perdre en entier les 1er, 10ème et 3ème Corps d’Armée. Ces Corps d’Armée ont pesé quelques jours après d’un grand poids à Guise d’abord, puis à la Marne, batailles qui virent le redressement et la victoire de nos Armes.

Les Allemands mieux préparés, mieux armés avaient en plus l’initiative par leur mouvement de débordement au nord de Namur.

Nos régiments et en particulier ceux du 10ème Corps d’Armée furent surpris. La manœuvre ne fut pas toujours bien coordonnée aux échelons supérieurs, néanmoins notre infanterie s’est héroïquement battue. Elle a dû faire en quelques jours ses classes de la guerre moderne et son expérience de la puissance du feu.

A nouveau, nous ne pourrons mieux faire que de citer l’ultime conclusion du professeur Georges Gay : « … Victoire signifie anéantissement du vaincu. Il ne peut donc être question de défaite de Charleroi. Succès momentané pour les I et IIème Armées Allemandes, cette rencontre n’en est pas moins pour elle un échec stratégique qui permit à la gauche franco-britanique de reprendre sa liberté d’action, autant de circonstances favorables à une victoire promptement remportée ne se représenteront plus jamais dans la suite.

… Il est permis de conclure que si le plan de campagne allemand a échoué sur la Marne, c’est en Lorraine et surtout en Belgique qu’il a reçu ses premières atteintes.

Grâce à la courageuse décision du Général Lanrezac, le Général Joffre a pu se redresser et rétablir l’équilibre de ses armées.

Symbole de nos déceptions et de angoisses du mois d’août 1914, Charleroi est une des étapes sanglantes par où l’Armée Françaises s’est élevée dans le sacrifice, vers la victoire de la Marne d’abord, vers la victoire décisive de 1918 enfin… »

Daniel TILMANT.

A votre bon coeur !…

Aidez-nous à faire vivre notre ASBL et l'ensemble des projets imaginés pour célébrer le centenaire en Val de Sambre !
Merci par avance de votre intérêt pour notre action et de votre générosité !